Rainbow Valley

 

 

C’est entre les reliefs des monts du Kahurangi National Park, non loin de Takaka en Nouvelle-Zélande, que j’ai eu la chance de passer vivre en « éco-village ». Fondée en 1974 par un petit comité, la Rainbow Valley Community compte aujourd’hui environ 25 habitants. C’est avec la soif d’apprendre le fonctionnement et l’organisation en communauté que je me lance dans ces deux semaines en ces lieux.

Dès mon arrivée, le village m’inspire. C’est en allant me présenter à la plupart de ses occupants qu’un constat me vient : j’ai comme la sensation que l’intérieur des lieux de vie de chacun correspond étrangement avec le récit de leurs visages. Chaleureux, épuré, sculpté, j’ai envie d’y découvrir les histoires qu’ils ont à raconter.

 

Rainbow Valley, d’abord parce que la pluie n’y est pas rare. Les nuages restant parfois bloqués contre les hauteurs, la vallée n’en est que plus verdoyante. Ses courbes, à la fois douce et forte, me plaisent.

Le comité possède un « Comunity Hall », accueillant les réunions déterminant les décisions futures à propos de la communauté, avec accès à internet et peut également loger des voyageurs dans une chambre, ainsi que des travailleurs hébergés à temps partiel, comme moi. Chacun possède son propre potager, même les travailleurs. Surprenant pour une communauté.

Jim et Lynn, faisant parti des éléments fondateurs de la communauté en 1974.  Ils ne vivent aujourd’hui à Rainbow Valley plus que 3 mois par an, dans cette maison « publique », passant le reste de leurs années entre Etats-Unis et Christchurch en Nouvelle-Zélande. A la fois clair et coloré, cet habitat temporaire est à la fois habituel.
Robyn et William, eux, sont arrivés en 1977, à l’age de 25 , avec pour principale moteur le bien-être du développement de leurs enfants. C’est eux qui ont construit leur maison, comme beaucoup d’autres, sans expérience. Parmi les fondateurs également, leur place au sein de la communauté reste toujours aussi importante.

 

Je me dois d’être honnête : je m’étais fabriqué une idée de la Rainbow Valley Community bien plus idyllique. J’y voyais déjà des énergies renouvelables à foisons et de vastes jardins en permaculture réfléchie. J’y voyais déjà une harmonie accordée entre ses habitants, j’y voyais déjà de nombreuses activités communes. J’ai dû faire face à la réalité : ce monde n’est pas idyllique.

Rainbow Valley Community a néanmoins le mérite d’avoir persisté dans le temps, d’avoir essayé de conserver ce qui avait été créé. Rainbow Valley aurait aujourd’hui besoin de sang neuf mais persiste malgré tout. Rainbow Valley a du mérite, le mérite d’exister.

Ces semaines passées en reportage m’ont poussé à la réflexion du mensonge photographique. « Dois-je attendre le retour du soleil pour prendre des photos, ou jouer avec la grisaille des nuages ? ». « Dois-je montrer une communauté à la limite d’un surplus de bonheur qui en deviendrait louche, ou dois-je montrer aussi des aspects moins plaisants ? ». « Dois-je resté neutre ou bien m’intégrer ? ».
J’ai finalement choisi de simplement raconter, décrire, sans chercher à magnifier les évènements. Mon but à travers mes photos a alors évolué au fil de la prise de vue, pour finalement devenir cette volonté de prouver une chose : la manière dont on décide d’aborder un évènement détermine la manière dont on va le vivre.